Artisanat : Martine Gasnier, restauratrice de tableaux amiénoise

Martine Gasnier redonne une seconde vie aux tableaux qui passent entre ses mains depuis plus de 20 ans. Initiée très jeune à l’art, elle se passionne pour la peinture, au point d’élever son travail de restauration au rang d’art.

Petite fille d’un peintre aux armées et d’une grand-mère avec qui elle a écumé les salles de vente et les brocantes depuis l’âge de 14 ans, Martine Gasnier a eu l’œil exercé très jeune. Avec l’habitude elle est capable de repérer au premier regard les couleurs d’origine d’un tableau pourtant vieilli par le temps. Diplômée de la Sorbonne, Martine Gasnier travaille pour la conservation des antiquités et objets d’art de la Somme. Elle restaure des tableaux inscrits ou classés monuments historiques, mais également des œuvres de particuliers. Lorsqu’un tableau atterrit dans son atelier de la rue Saint Fuscien à Amiens, la restauratrice ne se contente pas de lui redonner son apparence, elle restaure la couche picturale ainsi que le support de l’œuvre et mène des recherches pour estimer sa valeur.

« Chaque tableau est unique »

Pour redonner leur éclat d’antan aux tableaux, Martine suit plusieurs étapes minutieuses. « La restauration fait appel à la main, la tête et l’œil. Je prends toujours beaucoup de recul par rapport au tableau, j’essaye de m’en imprégner, je fais des recherches » explique-t-elle. « Les clients sont surpris parce que la première chose que je regarde c’est le verso, on a beaucoup d’informations quand on regarde le dos des œuvres ».

Martine Gasnier examine une inscription au dos de ce tableau

Un tableau se compose le plus souvent d’une toile, d’une couche de préparation, de la couche picturale c’est-à-dire la peinture, d’un vernis et au-dessus de ce vernis se trouve l’encrassement et la poussière. Ainsi, « la première étape d’une restauration est le dépoussiérage de l’œuvre face et revers, ensuite vient le décrassage avec un solvant adapté pour nettoyer le tableau » détaille Martine. Sachant qu’il y a des peintures sur cuivre, sur toile, sur bois, sur papier, sur verre, ou encore sur céramique, « chaque tableau est unique » et demande à la restauratrice de s’adapter aux contraintes de chaque support.

Humilité, réversibilité et cuissot de jambon

Les tableaux passent entre les doigts de la restauratrice, parfois des heures durant. Elle effleure du bout du pinceau la couche picturale, elle en ressent toutes les aspérités. Une relation privilégiée se noue entre la restauratrice et l’œuvre, « ce sont des matériaux hygroscopiques, la toile bouge, elle se détend, elle a une mémoire, elle sèche, elle s’humidifie, elle revient en place, c’est presque des matériaux vivants » confie-t-elle.

Martine Gasnier partage sa passion avec joie

Pour que ce lien privilégié puisse s’établir avec les œuvres, la restauratrice doit faire preuve d’une grande humilité, « le but ce n’est pas de décaper, on parle d’allégement de vernis, il faut savoir jusqu’où l’on va. Par exemple certaines œuvres n’ont pas de vernis donc le travail de restauration s’arrêtera au dépoussiérage et au décrassage. Il faut respecter la volonté de l’artiste, on doit rester neutre et ne pas imposer ses propres envies. Il y a une déontologie professionnelle, on ne travaille qu’avec des matériaux réversibles et adaptés à la restauration ». Pour toutes ces raisons, Martine Gasnier déconseille fortement aux novices de s’essayer à la restauration, au risque de causer des dégâts parfois irréversibles, « une fois, un très joli portrait de jeune femme de Saint-Pétersbourg s’est transformé en cuissot de jambon (sic) » sourit-elle. Aujourd’hui, Martine met à profit l’expérience qu’elle a accumulé dans son travail et n’hésite pas à partager son savoir-faire et sa passion avec les autres.

Pour prendre rendez-vous avec Martine Gasnier ou avoir des renseignements c’est ici.

Retrouvez les goûts et les couleurs de Martine ici.

Julien Benesteau

crédit photos Léandre Leber – Dicilà

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