Art : Amiens, le Festival de Jardins de plus en plus éco-citoyen

Pour la onzième année, les Hortillonnages d’Amiens ont droit cet été à leur Festival international de Jardins. Le site, unique par ses parcelles de terres nichées au cœur des bras de la Somme, accueille une cinquantaine d’œuvres signées par des artistes sensibles au changement climatique et à une alimentation saine.

Sandrine Allard-Saint-Albin, responsable communication et attractivité

La Covid-19 n’aura pas eu raison du Festival international de Jardins ! Si le port du masque est obligatoire pour déambuler à pied ou en barque sur un site qui va d’Amiens à Rivery en passant par Camon et que du gel hydroalcoolique est distribué aux visiteurs, l’événement a débuté vaille que vaille le 14 juillet. Jusqu’au 31 août, puis même jusqu’au 18 octobre avec des plages horaires légèrement réduites, on peut découvrir la philosophie affirmée de la manifestation. « Le Festival, créé en 2010 par Gilbert Fillinger, alors directeur de la Maison de la Culture d’Amiens et qui à présent dirige l’association Art&Jardins Hauts-de-France, insiste sur la jeune création » explique Sandrine Allard-Saint-Albin, responsable communication et attractivité. « Les plasticiens, paysagistes, architectes et autres sculpteurs qui exposent doivent avoir moins de 40 ans ». Est-ce un lien de cause à effet ? On constate « depuis quelques éditions que les artistes présents sont très sensibles au changement climatique et à la nourriture en circuit court. Avec une volonté d’arrêter de consommer la ressource fossile pour privilégier le local » constate Sandrine Allard-Saint-Albin.


« Ecosystème autonome »

« Sphère nourricière » l’une des 50 installations du festival

Concrètement, cela se matérialise par exemple avec une œuvre comme Sphère nourricière. Signée par une ingénieure agronome et deux paysagistes, elle propose une réflexion sur l’alimentation, à travers « l’opposition entre une terre aride qui rappelle les impacts de l’agriculture intensive et une nature beaucoup plus abondante, symbolisée par des calebasses en hauteur pour souligner l’idée de la terre mère nourricière«  précise Marine Bigot, chargée de médiation et de relation au public du Festival. Pour aller plus loin dans la démarche, Sphère nourricière se décline au Festival avec un gros plan sur la culture en lasagnes, par exemple hors-sol et un focus sur les Trois Sœurs, maïs, haricot et courge. Trois légumes, qui, plantés dans cet ordre-là par les Amérindiens, permettent la mise en place « d’un écosystème autonome, chacun apportant quelque chose à l’autre ».

Des fleurs en matériaux recyclés

« Expansion », réalisé par des étudiants de la faculté d’art d’Amiens

Sur les cinquante réalisations à découvrir, une quinzaine sont de nouvelles œuvres. A commencer par le ponton d’accueil « qui positionne le Festival dans le paysage » selon Sandrine Allard-Saint-Albin. Pour se rendre sur les deux sites du Festival, dans les Hortillonnages, deux moyens distincts : la barque (payante et sur réservation) pour accéder à l’étang de Clermont où l’on compte une quarantaine d’œuvres. Et à pied, par le chemin de halage, pour découvrir l’île aux Fagots où est installée une dizaine de réalisations, à visiter librement ou avec des médiateurs.
Comme le Festival met en valeur les jeunes créateurs, « cela tombait sous le sens qu’il fasse participer les étudiants de la Fac d’Arts d’Amiens«  (Université de Picardie Jules-Verne) indique Marine Bigot. Ils ont ainsi investi trois cabanes à l’étang de Clermont. L’une de leurs réalisations, baptisée Expansion, a recouvert de fleurs une cabane. « Mais en s’approchant, on voit que ces fleurs sont en fait des bouteilles en plastique ou issues de matériaux recyclés, avec des couleurs volontairement kitsch, pour le côté idéaliste » révèle Marine Bigot.

Des lycées avec potagers


Plus largement que dans le cadre du Festival international de Jardins aux Hortillonnages, la démarche d’Art&Jardins Hauts-de-France vise à toucher les jeunes. Pour cela, « à la rentrée de septembre, cinq collectifs de paysagistes vont créer cinq potagers dans autant de lycées des cinq départements des Hauts-de-France » (Nord, Pas-de-Calais, Somme, Aisne et Oise NDLR), annonce Sandrine Allard-Saint-Albin. « Pour inciter les élèves à mieux manger, de la création à l’assiette, en passant par l’entretien et la récolte ». Le message est reçu… cinq sur cinq.

Vincent Delorme et Léandre Leber.
Photos Dicilà – Elie Leber

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