Culture : Festival de Jardins aux Hortillonnages, des étudiants bien dans leur époque !

Le Festival international de Jardins, aux Hortillonnages tout l’été, réserve cette année une place de choix aux étudiants de la Fac d’Arts d’Amiens. Trois cabanes leur permettent de donner libre cours à leur fibre créatrice et à leur conscience éco-citoyenne.

C’est en barque que l’on accède à l’étang de Clermont, où les étudiants de l’UFR des Arts de l’Université de Picardie Jules-Verne se sont vus confier trois cabanes pour exposer leurs réalisations. Au beau milieu de la quarantaine d’œuvres présentées, auxquelles il faut ajouter la dizaine présentes sur l’île aux Fagots, on découvre notamment Expansion. Il s’agit du projet portant le nom du collectif formé par quatre étudiantes et qui s’articule autour d’une réflexion sur le tape-à-l’œil. La cabane qu’elles ont investie attire en effet le regard de loin, à cause de ses couleurs vives, pour ne pas dire criardes. « Elle est recouverte de fleurs en matériaux recyclés » explique Marine Bigot, chargée de médiation et de relation au public du Festival. Pots de yaourts, canettes de sodas ont été découpés et peints pour représenter une nature luxuriante mais aux origines tout ce qu’il y a de plus industrielles. De quoi jeter le trouble car le travail de ces étudiantes se fond dans le décor naturel verdoyant des lieux.

Bien en phase avec les questions existentielles de l’époque, le projet En attendant ne manque pas d’interpeller également le visiteur. Il émane d’un collectif de quatre étudiants de 3ème année, dans le même UFR des Arts, à l’Université de Picardie. L’œuvre représente un personnage reclus, barricadé dans son cabanon, entouré d’un haut mur en bois. Comment expliquer son geste ? Chacun peut l’interpréter à sa façon. A-t-il peur du changement climatique ? De la pandémie de Covid-19 ? A-t-il raison ou bien tort d’agir de la sorte ? Là encore, pas de jugement mais des interrogations…
« C’est le genre de projets qui peuvent représenter pour les étudiants une ouverture sur la vie professionnelle » estime Marine Bigot. Ces futurs designers, graphistes, illustrateurs, enseignants -la liste est loin d’être exhaustive- bénéficient d’une vitrine qui leur offre une belle exposition.


Hortillonnages d’hier, d’aujourd’hui et de demain

Le devenir des Hortillonnages est au centre des préoccupations de plusieurs artistes qui ont investi les lieux pour le 11ème Festival international de Jardins, à Amiens. Entre tradition maraîchère ancestrale et lieu de villégiature pour citadins, l’évolution du site reste incertaine. Plusieurs réalisations présentées évoquent ces interrogations.


Chasse aux Fleurs est le nom donné à son oeuvre par le paysagiste néerlandais Joost Emmerick. « Il réfléchit à l’évolution du paysage des Hortillonnages » prévient d’emblée Marine Bigot, chargée de médiation et de relations au public du Festival. Il n’a pas échappé à l’oeil de cet exposant installé à Rotterdam mais habitué des lieux qu’au fil du temps, les cultures maraîchères des origines ont bien souvent laissé la place à des jardins d’agrément. « Ils ne sont plus que huit hortillons à travailler cette terre si fertile dans la tradition du site car les parcelles ont été rachetées par des particuliers. Ils ont souvent planté des fleurs colorées, si bien que les huttes de chasse, aux couleurs rappelant celles des parcelles maraîchères, se retrouvent moins camouflées qu’autrefois » précise Marine Bigot. C’est pourquoi Joost Emmerick a décidé de créer « une hutte végétale avec les couleurs vives vives que l’on va retrouver dans les jardins des particuliers. Car c’est comme cela à présent qu’une hutte est le mieux camouflée ». La capacité à s’adapter n’est-elle pas la première forme de l’intelligence ? La chargée de médiation y voit en tous les cas « un clin d’oeil humoristique, qui montre également l’évolution du paysage et ces mondes qui se côtoient aux Hortillonnages ». Maraîchers, particuliers, chasseurs. « Ce motif de camouflage que l’on retrouve sur les parterres de fleurs, avec un camaïeu de couleurs, crée aussi une forme de camouflage militaire » souligne Marine Bigot.


La cohabitation entre tradition maraîchère et propriétaires en goguette est également la source d’inspiration des deux paysagistes du collectif Gama. Fragments, leur création, est un jardin composé de plantations toutes liées à l’histoire et au présent des Hortillonnages : compositions florales, fraisiers, saules ont été réunis sur les mottes de terre. Entre marais et maraîchage, leur réalisation témoigne aussi de leur goût pour les zones humides.

Un ton décalé, de l’humour, le Festival en regorge ! Pour preuve, Hydrophone, que l’on doit à trois paysagistes britanniques. Venus de Brighton avec une Telephon box, une cabine téléphonique anglaise typique, comme l’on en trouve encore une dans le quartier St Acheul d’Amiens reconvertie en boîte à livres, ils l’ont plantée au beau milieu des Hortillonnages, étang de Clermont, au bout d’un ponton. « L’idée est d’avoir la sensation d’appeler le fond du marais » précise Marine Bigot. Au bout du fil, des sons d’insectes bien vivants sur le site mais souvent invisibles à l’oeil nu. Le message est sans ambiguïté : les terres occupées par l’Homme menacent la biodiversité. Prière de ne pas raccrocher !


Vincent Delorme et Léandre Leber
Photos : Elie Leber – Dicilà

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