Culture : Hardoc, « on fait des histoires pour les gens, pour qu’elles ne nous appartiennent plus »

Séparés à l’issue de la Grande Guerre, les Lulus cherchent désormais à se retrouver dans le dernier tome de la Guerre des Lulus paru le 27 janvier 2021. À cette occasion, nous sommes allés à la rencontre de son dessinateur et coloriste picard, Vincent Lemaire dit Hardoc.

L’histoire des Lulus, c’est d’abord celle d’une bande d’orphelins, emporté par le tourbillon de la guerre. Il ne pouvait en être autrement pour Hardoc, « pour moi les histoires avec les enfants, c’est universel, il y a toujours quelque chose à raconter ». Depuis leur fugue de l’orphelinat les Lulus ont bien grandi, la plupart sont désormais des jeunes adultes. Dès le premier tome, les coups de crayon de Hardoc laissaient entrevoir l’apparence qu’ils auraient une fois adulte, « pour les faire grandir on rajoute petit à petit deux trois brins de moustache, après on les fait grandir d’une tête ou d’une demie tête, on leur fait des fossettes, des joues plus creusées, on ajoute des détails comme ça. Il n’y a pas que le dessin qui fait évoluer les personnages, il y a aussi le travail du scénariste, la façon dont ils s’expriment, le changement de vocabulaire » précise-t-il. Si le contexte historique pousse les Lulus à grandir plus vite, l’histoire se veut toujours accessible au plus grand nombre, « le but n’est pas de montrer la cruauté de la guerre, pas de manière frontale », au contraire la série des Lulus s’intéresse davantage au vécu des civils.

Hardoc dessine Luigi

Dans ce dernier tome le lecteur retrouve Luigi en 1919. Pour se plonger dans l’après-guerre, Hardoc et le scénariste, Régis Hautière ont effectué des recherches afin de « donner l’impression d’être au sein de l’Histoire ». Pour ce faire, Hardoc s’inspire d’images, « que ce soit iconographique ou des cartes postales de certains villages ». C’est une époque avec laquelle ce passionné d’histoire est familier, il raconte : « j’ai un oncle qui tenait un musée de guerre de 14-18, j’ai grandi à Albert, donc j’ai connu les tranchées, je baigne dans une région où l’on ne peut pas y échapper ». Une évidence, comme sa collaboration avec le magazine de bande dessinée humoristique Fluide Glacial.

En effet, le dessinateur à l’allure rock’n’roll ne veut surtout pas s’enfermer dans une case, « si on a plus d’envie pour moi on est mort ». Cet autodidacte, tantôt peintre, sculpteur, ou encore musicien, est avant tout un passionné de bande dessinées depuis le plus jeune âge et parmi ces nombreuses sources d’inspiration se trouve Fluide Glacial. « Je lisais beaucoup Fluide quand j’avais 15 ans, c’est un rêve d’ado ». Ce qui n’était qu’un rêve est devenu réalité en janvier 2020, avec la parution de deux pages dessinés par Hardoc dans le mensuel numéro 535.

Cette histoire aurait pu ne pas voir le jour, « mon scénariste sur la Guerre des Lulus était invité à Abbeville pour un salon du livre et il se trouve qu’il ne pouvait pas s’y rendre et j’y suis allé à sa place ». Il y rencontre le scénariste Olivier Pog et au détour d’une discussion lui fait part de son envie de dessiner pour Fluide Glacial. Le scénariste le prend au mot et « peu de temps après il s’avère qu’il a eu une idée très vite, il s’est inspiré de la vie avec sa voisine, il me parle d’un rockeur, qui aurait des problèmes à la campagne avec sa voisine un peu aigrie ». Naturellement, Hardoc s’empresse de dessiner un rockeur qui ressemble à son ami Olivier Pog, mais celui-ci le coupe, le rockeur aura finalement les traits de Hardoc. « J’ai moins de cheveux, ils sont frisés, j’ai effectivement un tatouage et des anneaux mais ce ne sont pas les mêmes, ce qui est assez marrant c’est que j’ai pas mal de copains dessinateurs qui aiment me dessiner, je ne sais pas pourquoi, j’ai au moins une dizaine de portraits. ». C’est ainsi que sont nées les deux premières planches d’un univers qui va s’étendre prochainement « on a eu le feu vert pour faire une histoire plus longue dans Fluide Glacial avec le même personnage ».

L’aventure de son double rockeur va se poursuivre tout comme celle des Lulus « j’ai commencé le storyboard du prochain tome » glisse-t-il. Plébiscité par la critique dès son premier tome, la série des Lulus va connaître une adaptation sur grand écran, une consécration inattendue pour le dessinateur, qui n’en revient toujours pas, « on fait des histoires pour les gens, pour qu’elles ne nous appartiennent plus » conclut-il.

Pour en savoir plus sur les inspirations de Hardoc, retrouvez ses goûts et couleurs ici.

Julien Benesteau

Crédit photo : Léandre Leber

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