Littérature : « Je me souviens d’Amiens » de Jean-Louis Crimon

« Je me souviens qu’il y a « amie » dans Amiens. Cette ville est mon amie. Je suis le sien. » C’est sur cette déclaration que s’achève Je me souviens d’Amiens (Ed. Le Castor Astral), le recueil de l’écrivain et journaliste Jean-Louis Crimon paru en 2017.

Dans cet ouvrage, il égrène quelque 480 textes courts commençant chacun par « Je me souviens », à la manière de Georges Perec qui lui-même procédait en 1978 selon le modèle du plasticien américain Joe Brainard. C’est sur une idée de Jean-Yves Reuzeau, éditeur au Castor Astral, que Jean-Louis Crimon se livre à l’exercice. Le premier « Je me souviens » qu’il rédige est dédié à la sensuelle statue de l’Horloge Dewailly qui orne la couverture du livre : « Je me souviens de Marie-sans-chemise, ma belle promise, quand Amiens la grise corne dans la brume du spleen des traîne-bitume. La Marie-sans-chemise, parente, c’est sûr, de la petite sirène d’Andersen. La Danoise et l’Amiénoise, frangines ou cousines. »

Jean-Louis Crimon à la librairie Martelle en 2017

Cette ville, roman permanent

Né à Corbie en 1949, Jean-Louis Crimon n’a rien oublié de son arrivée à Amiens, au petit séminaire, en 1960. À travers tous les souvenirs qu’il énonce dans le livre, sans chronologie, il revient en toute subjectivité sur les moments forts ou minuscules qui ont fait son attachement à « cette ville, roman permanent. » Homme de radio avant tout, à Radio France Picardie, France Inter puis France Culture jusqu’en 2009, le journaliste est attaché aux mots et à leurs sonorités. Mais l’écrit et le livre jouent aussi un rôle important dans sa vie. Son premier roman, Verlaine avant-centre (Ed. Le Castor Astral), paraît en 2001 et il devient même bouquiniste sur les quais de Seine à Paris de 2010 à 2013.

Ce sont les hommes qui font les villes et ils sont nombreux – illustres ou méconnus – à avoir retenu l’attention (et l’affection) de Jean-Louis Crimon. Un index recense leurs noms en fin de livre. Jules Verne figure emblématique, Choderlos de Laclos, Jean Colin d’Amiens, Magnence l’empereur romain, « Michou, enfant de Saint-Leu, prince des nuits parisiennes », Edouard David, Jean-Pierre Facquier… Derrière les noms, bien souvent, une histoire d’amitié. Chaque paragraphe du recueil est envisagé comme un début de roman que le lecteur est invité à poursuivre en lui-même. À travers son cortège de souvenirs personnels, c’est la mémoire de tous ceux qui aiment cette ville que l’auteur offre de réveiller. Lorsqu’on y est né, lorsqu’on y a vécu, impossible de rester insensible au passé ressurgi dans ces lignes. Quelques pages laissées blanches à la fin de l’ouvrage laissent au lecteur l’opportunité, à son tour, d’écrire quelques souvenirs.

Alexandra Oury

168 pages
Éditions Le Castor Astral
Format : 12 x 19 cm
EAN : 9791027801299
Juin 2017 – Prix 10 €

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