Littérature : « Sapiens – Une brève histoire de l’Humanité » de Yuval Noah Harari

« Les lecteurs de ce livre sont vraisemblablement tous des Homo sapiens : de l’espèce sapiens (sage) et du genre Homo (homme) », écrit l’historien israélien Yuval Noah Harari qui se préoccupe de notre évolution dans son ouvrage Sapiens – Une brève histoire de l’humanité (Ed. Albin Michel), paru en France en 2015 et traduit dans une trentaine de langues.

Doté d’un gros cerveau, membre d’une « grande famille particulièrement tapageuse : celle des grands singes », proche en particulier du chimpanzé, Homo sapiens peuplait déjà l’Afrique orientale il y a 150 000 ans mais son entreprise de conquête remonte à 70 000 ans. Il se déplace alors en Europe, en Asie et en Australie, supplantant Neandertal et les autres espèces humaines. « Au fil des millénaires suivants, il s’est transformé en maître de la planète entière et en terreur de l’écosystème. Il est aujourd’hui en passe de devenir un dieu, sur le point d’acquérir non seulement une jeunesse éternelle, mais aussi les capacités divines de destruction et de création. » Comment a-t-il pu réussir un tel tour de force ?

© Olivier Middendorp
Yuval Noah Harari © Olivier Middendorp

Sapiens à la conquête du monde  

Yuval Noah Harari détaille les trois révolutions qui ont permis à Sapiens de se hisser au sommet. La première est la Révolution cognitive au cours de laquelle il apprend à penser et à communiquer. La force de son langage réside dans sa capacité à évoquer des choses qui n’existent pas. Selon l’historien, grâce à la fiction et aux grands mythes (le temps, les religions, les nationalismes…), « Sapiens peut coopérer de manière extrêmement flexible avec d’innombrables inconnus ». La deuxième est la Révolution agricole qui commence il y a 9000 ans environ, et que l’auteur considère comme « la plus grande escroquerie de l’histoire ». L’homme préfère le statut de cultivateur à celui de chasseur-cueilleur. Il se sédentarise et engage de gros efforts dans l’exploitation de la terre. L’essor de l’agriculture entraîne une forte hausse de la population qu’il faut nourrir… en travaillant davantage, et en domestiquant les animaux via « une série de pratiques brutales dont la cruauté ne fit que s’accentuer au fil des siècles. » Harari explique ensuite comment « l’argent, les empires et les religions universelles se sont propagés et ont posé les fondements du monde unifié actuel. » Depuis 500 ans, la Révolution scientifique a achevé d’asseoir la domination de Sapiens. D’après l’historien qui se garde pourtant de jouer les devins, elle pourrait être « la révolution biologique la plus importante depuis l’apparition de la vie sur terre. »

Au fil des 512 pages de Sapiens – Une brève histoire de l’humanité, on comprend mieux les processus qui ont conduit l’homme à occuper la place qui est la sienne aujourd’hui. En bon professeur, Yuval Noah Harari, maître de conférences au sein du Département d’Histoire de l’Université hébraïque de Jérusalem, utilise un langage clair et accessible. Il multiplie les exemples, les anecdotes historiques ou les hypothèses qui permettent d’éclaircir son propos, sans en négliger la dimension philosophique (sur la question du bonheur notamment). Parfois provocateur, il bat en brèche certaines idées reçues et nous incite à la modestie : « Par malheur, le régime du Sapiens sur terre n’a pas produit jusqu’ici grand-chose dans nous puissions être fiers. »

Alexandra Oury

512 pages
Éditions Albin Michel

Traduit de l’anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat 
Format : 17 x 24 cm
EAN : 9782226257017
2 septembre 2015 – Prix 24 €

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