Poésie : « METEOR #2 », revue de création poétique

La revue semestrielle de création poétique METEOR est née à l’initiative du collectif METEOR (Christophe Dekerpel, Sébastien Kwiek, Ramiro Oviedo, Antoine Maine) en mars 2019, en partenariat avec les éditions La Chouette Imprévue, dans l’objectif de « faire rayonner la poésie » à Amiens et bien au-delà.

Le Toulousain Serge Pey, grand représentant de la poésie-action était le poète invité du premier numéro de cette revue, placé sous le thème de l’« Espace ». Pour la deuxième édition de METEOR, parue fin 2019 (la troisième est en préparation), c’est le mot-clé « Passage » qui a été choisi. Une vingtaine d’auteurs y ont participé. Ils viennent, comme le précise Antoine Maine dans son édito, « des six coins de l’hexagone mais aussi d’Italie, d’Espagne et d’au-delà des océans, du Cameroun et d’Équateur. Sans oublier la Belgique, cette grande terre de poètes. Meteor se fout des frontières, des castes et des chapelles. »

Jean-Louis Rambour, Picard aujourd’hui installé dans le Calvados, est à l’honneur dans ce numéro de 64 pages. Écrivain inclassable, il a publié près de cinquante ouvrages depuis les années 70 : recueils de poésie, essais, romans… Il offre à la revue plusieurs textes inédits dont « Le passeur » dans lequel on devine la figure de Charon, le nocher des Enfers dans la mythologie grecque. « Chaque homme a son passeur, écrit le poète, depuis l’enfant sans aucun prélude, jusqu’au vieillard qui fête vertement le centenaire de sa puberté, en passant par le jeune homme dont la parenthèse se ferme tôt. Il existe donc un fleuve, une rive. »

Lancement de la revue à la bibliothèque Louis Aragon

Poésie des mots… et des images

Les textes publiés dans METEOR ≠2 sont si différents dans leurs tons, leurs formes (prose, vers libres…) et leurs inspirations, que chaque lecteur devrait pouvoir s’y frayer un « Passage » et y être sensible. Parmi les auteurs qui contribuent à ce numéro, on retrouve par exemple Werner Lambersy estimant dans « Dormances » que « Nous dormons mal / Sous la surveillance / Électrique / De nos écrans éteints », Ramiro Oviedo qui considère dans « Le rêve est un avion nocturne » que « Dormir ce n’est pas perdre du temps / C’est un accès de folie / Rêver c’est un suicide au compte-gouttes », ou Émilie Gévart, comédienne et metteuse en scène samarienne, dont la narratrice se dédouble dans « Coupe-gorge » : « Parfois croisé ou aperçu cet autre moi / Dans ce passage / Passage étroit ».

La revue ne diffuse pas seulement la poésie des mots. Les images y ont aussi une place de choix. Le visuel de couverture a été confié à Brigitte Dusserre-Bresson, artiste plasticienne qui réside à Noailles, dans l’Oise. Toujours soucieuse de « laisser sa place à l’imaginaire afin que le spectateur puisse entrer en dialogue avec l’œuvre », elle poursuit un compagnonnage fécond avec les poètes à travers des livres d’artiste, notamment. Un portfolio présente plusieurs de ses œuvres. Le photographe amiénois Benjamin Teissedre signe l’ensemble des photos qui ajoutent à la poésie de la revue. Il s’est rendu à Bayeux pour rencontrer Jean-Louis Rambour en compagnie d’Antoine Maine. Ce dernier le raconte dans « Saisir l’invisible », un texte qui questionne aussi la place du poète (et celle du photographe ?). Il ne s’agit pas en poésie de « transformer la réalité, ni de la masquer, mais de nous inviter à la regarder différemment. À changer de point de vue. À nous attacher aux détails, à tout ce que finalement nous oublions, ou ne sommes plus capables, de voir. » Une invitation qui ne se refuse pas.

Alexandra Oury

64 pages
Éditions La Chouette Imprévue
Format : 19 x 25 cm
ISSN : 2650-9199
14 janvier 2020 – Prix 14 €

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