Entrepreneuriat : La couture a très bien tiré son épingle du jeu !

La crise sanitaire et la pénurie de masques pendant le confinement ont remis sur le devant de la scène une activité jusque-là souvent délaissée : la couture. Le magasin « Instant Couture », dans le centre-ville d’Amiens, a attiré une nouvelle clientèle, désireuse de confectionner elle-même ses masques de protection contre le Covid-19. De là à susciter des vocations de passionné-e-s de couture, il n’y a qu’un pas…

« Vu la très forte demande, nous avons créé un tuto tout simple pour aider nos client-e-s à coudre des masques ». Le 28 avril dernier, quand Valérie Limpens a pu rouvrir sa boutique place Léon-Debouverie, tout près du beffroi d’Amiens et de la Halle au Frais, elle a mis les bouchées doubles avec sa collaboratrice, Nathalie. Ces deux mères de familles ont alors enfin vu le bout du tunnel après. « Heureusement, j’ai un jardin ! » explique Valérie, maman de trois enfants. « Si mon mari continuait à travailler, j’ai eu très peur de mon côté pour le magasin, resté fermé un mois et demi. Il a fallu continuer à payer les charges. Alors la trésorerie a plongé… » confie cette ancienne déléguée pharmaceutique, reconvertie depuis six ans dans la couture, sa passion.

Valérie et Nathalie.

Pendant cinq ans, elle a travaillé aux côtés de Mme Marquis, réparatrice de machines à coudre. Puis elle a agrandi le magasin et ensuite racheté les parts de l’ancienne gérante, en septembre dernier, pour voler de ses propres ailes. Patatras, six mois plus tard, le coronavirus et le confinement allaient tout stopper net ! On comprend que les premières semaines ont été longues et difficiles. Mais Valérie Limpens obtient le prêt garanti par l’Etat, ce qui lui permet de passer des commandes. Et la bonne nouvelle tombe dans la deuxième quinzaine d’avril : les merceries et magasins de machines à coudre sont placés sur la liste des commerces essentiels. Instant Couture va pouvoir enfin rouvrir.  « Ça a été extra ! » dit aujourd’hui celle qui assure s’amuser avec la couture. « Les premiers jours, on recevait les clientes sur le paillasson, entre des plexiglas et il y avait la queue dehors ! » se souvient-elle. Car il a fallu évidemment respecter les gestes barrières et la distanciation. « Pas plus de trois client-e-s à la fois dans le magasin. Ceux qui ont un masque peuvent rentrer, sinon, on les reçoit derrière la vitre » explique cette commerçante également formatrice…

Des masques pas cousus de fil blanc

« C’est essentiel de pouvoir proposer une démonstration quand quelqu’un achète une machine à coudre. Alors on a installé des vitres de séparation pour faire les démos » détaille Valérie. Car pour obtenir ces fameux masques objets du désir, quoi de mieux que de les réaliser soi-même ? « Quand j’ai rouvert, énormément de gens qui n’avaient jamais rien cousu de leur vie ont débarqué, en voulant acheter une machine à coudre tout de suite… Le problème, c’est qu’il s’en était beaucoup vendu sur Internet depuis le début du confinement. Mon commercial m’a dit : deux mois d’attente ! Résultat : les machines qui nous sont livrées aujourd’hui sont déjà vendues ». Du coup, pour arriver à leurs fins, certains ont ressorti du placard la vieille machine à coudre qui n’avait plus servi depuis trente ans. « Mais c’est comme une voiture, ironise Valérie Limpens. Elle a besoin d’entretien, d’être huilée, bichonnée. Surtout pour coudre des élastiques. Car ça ne marche pas avec une machine à bas prix. Il faut qu’elle soit assez puissante. Alors certains ont cassé leur machine et ils nous demandaient qu’elle soit réparée, là, tout de suite, maintenant… »

Engouement fantastique pour les élastiques !

« Personnellement, comme je n’ai pas envie de ressembler à Dumbo, je préfère les liens en coton aux élastiques pour faire tenir le masque. Et en plus, l’inconvénient des élastiques, c’est qu’ils n’aiment pas le lavage à 60° » raconte Valérie, malgré l’incroyable engouement pour les élastiques. « On a vécu quelque chose d’extraordinaire ! En temps normal, je mets trois mois pour vendre un rouleau de 100 mètres d’élastique petite taille. Là, j’en avais commandé neuf rouleaux et on a été débordé de demandes sur la page Facebook et le compte Instagram du magasin. Du coup, on a coupé, coupé, coupé, y compris le 1er mai, jour de l’anniversaire de mon fils, pour honorer trois jours de commandes ! ». Faire et faire savoir : sur le site internet du magasin (instant-couture.com), Valérie a posté le patron du masque envoyé par DMC, marque de loisirs créatifs textiles. « Je l’ai testé à la maison avec mes enfants. Il est très très bien fait, il ne fait pas mal aux oreilles, il résiste aux lavages. On a d’ailleurs testé tous les masques possibles et imaginables ! » sourit après coup Valérie. De cette longue séquence, elle se souviendra aussi « des messages adorables » de clientes, sur les réseaux sociaux. « On a une clientèle fidèle amicale, avec qui on papote, on partage nos vies, alors cela crée des liens » souligne-t-elle, quand Nathalie, sa collaboratrice va même jusqu’à parler de « famille ». Et toutes les deux préféreront chasser de leur mémoire les clientes « parfois hyper mal aimables, agressives, pressées alors que ce ne sont sûrement pas celles qui ont le plus souffert du confinement » selon Valérie.

Pas de miracle avec les machines « jetables »

Et maintenant ? « Il va y avoir deux cas de figure : la clientèle qui a acheté une machine pour se faire un masque ou deux et que l’on ne reverra plus. Et la clientèle qui va se passionner » pronostique Valérie. C’est bien pour cette catégorie que, dès le 11 mai, elle a repris les formations. « Quand nous vendons une machine à coudre, le client a droit à une formation gratuite et illimitée. Pas un cours de couture, mais un cours d’utilisation de la machine. Les machines que j’appelle « jetables », à 150 ou 200 €, sont faites pour coudre du coton, pas des jeans. La cliente qui veut se mettre à la couture, il lui faudra une machine plus performante ». Et là Valérie y va de son conseil personnel« Mes goûts changent régulièrement. Mes enfants m’inspirent. J’aime beaucoup les vêtements style Petit Bateau, pratiques à porter, qui n’ont pas besoin de repassage, car j’ai horreur de ça ! Et du coup, ma passion du moment, ce sont les machines à coudre surjeteuses-recouvreuses ». Ce qui suit s’adresse aux couturières aguerries… « Ces machines surjeteuses-recouvreuses permettent de froncer le tissu, en augmentant la vitesse des griffes de devant. Ou bien de l’onduler… » Et Valérie Limpens nous confesse son coup de coeur du moment« la Gloria, de Babylock, une petite machine qui prend peu de place ». 

Et notre passionnée de couture de revenir à ce « métier passion, créatif. Je m’amuse avec la couture et beaucoup de clientes sont comme moi : bien sûr, il y a les retouches à faire, mais j’ai une clientèle de passionnées, pour qui coudre est un loisir » rajoute Valérie. Dans le monde d’après, c’est juste peut-être le nombre de passionné-e-s de couture qui sera plus important qu’avant cette crise sanitaire sans précédent.

Vincent Delorme et Léandre Leber

Pour Dicilà, Valérie Limpens, gérante d’Instant Couture à Amiens, a accepté de dévoiler quelques uns de ses goûts et couleurs :

Une lecture : « Je lis des romans de gare, des lectures légères qui me permettent de m’évader. Le nouveau Guillaume Musso (NDLR : « La vie est un roman », éditions Calmann-Lévy) ne va pas tarder à m’accompagner dans le jardin… »

Une série : « Lucifer, série policière que j’ai vue sur Netflix. Elle m’a beaucoup fait rire ! » (NDLR : la 5ème et dernière saison est attendue)

Mon endroit préféré : « Le Fort Saint-Louis, au Mourillon. C’est à Toulon, où j’ai passé toute ma jeunesse. Avec les copines, on se posait pour bronzer. A l’époque, on pouvait s’y baigner, il y avait même un plongeoir. On y mangeait aussi des figues fraîches… »

Une citation « L’homme sacrifie sa santé pour gagner de l’argent. Ensuite, il sacrifie de l’argent pour recouvrer sa santé ». Signé le Dalaï-Lama

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