PORTRAIT : Lilou Wadoux, dure au mal et au mâle

Dans un sport automobile toujours quasi-exclusivement masculin, Lilou Wadoux est aussi l’une des plus jeunes, du haut de ses 19 ans. En août, si la crise sanitaire le permet, la jeune Amiénoise sera au départ de l’Alpine Europa Cup, une étape de plus dans une vie démarrée à 200 à l’heure ! Elle s’est confiée à Dicilà.

Son premier volant, Lilou Wadoux l’a tenu bien avant de passer le permis de conduire, à quatorze ans, en découvrant le karting à Abbeville grâce à une location. Rien d’exceptionnel à cela. Sa trajectoire commence en revanche à sortir de l’ordinaire quand, dans la foulée du plaisir pris et des aptitudes décelées ce jour de 2015, elle passe au karting de compétition. « Pour des courses régionales et on était seulement deux filles » se remémore celle dont le papa, Cédric Wadoux, a certes été pilote de rallye, mais « brièvement », précise Lilou qui en plus était alors « trop jeune pour en garder des souvenirs précis. J’ai vu des photos, des vidéos de lui, mais c’est tout ». Donc éliminée la piste du virus familial même si « maman conduit aussi, mais comme tout le monde ». Du coup, c’est davantage du côté de sa détermination à elle qu’il faut chercher pour comprendre les raisons de sa passion. Cela saute aux yeux et aux oreilles, Lilou Wadoux est du côté de celles et ceux qui savent ce qu’ils veulent !

Les tonneaux de Spa-Francorchamps

Une preuve ? L’an dernier, le 8 juin 2019 précisément, tout aurait pu s’arrêter… Lilou Wadoux participe au volant de sa Peugeot 308 à une épreuve du TCR Europe, sur le célèbre circuit belge de Spa-Francorchamps. Jusqu’à ce que sa course se termine voiture sur le toit ! « A 140 km/h, j’ai été accrochée par un autre concurrent. J’ai fait plusieurs tonneaux » raconte la jeune femme qui ne semble même pas éprouver de frayeur rétrospective. Pourtant les images, que l’on trouve en quelques clics quand on tape son nom sur Internet, sont impressionnantes.  « Mes parents, mon équipe ont eu peur mais moi, j’étais surtout très énervée ! Sur le coup, je ne comprenais pas ce qu’il s’était passé ». Lilou Wadoux s’en sort miraculeusement avec seulement « des douleurs à l’épaule gauche ». Mais ce qui l’a le plus gênée, c’est que cet accident l’a ensuite privée de course pendant six très longs mois « alors qu’il aurait fallu que je reprenne rapidement le volant pour vaincre la peur« . Mais avec une voiture broyée, elle doit ronger son frein. Avant de se rassurer et même d’épater la galerie pour son retour. « En décembre 2019, au Castellet, j’ai signé le meilleur temps d’une séance d’essais ». Lilou Wadoux a droit aux éloges des médias spécialisés quand elle devient, à 18 ans, la plus jeune à monter sur un podium de 208 Racing Cup, hommes et femmes confondus.

Course auto et architecture

18 ans… L’âge de la majorité, attendu par tant d’adolescents pour passer le permis de conduire« Je l’ai eu du premier coup » explique malicieusement celle qui a « dû corriger quelques détails le jour de l’examen, même si l’inspecteur savait que je faisais de la course auto. Mettre les mains plus à 9h15 qu’à 10h10 par exemple. Sinon, pour la vitesse, j’ai fait attention ! » poursuit Lilou Wadoux, heureuse dans la vie de tous les jours au volant de sa Renault Clio RS, pour avaler les kilomètres qui séparent Amiens de Boulogne-sur-Mer. Car c’est sur la Côte d’Opale que l’ancienne élève du lycée de La Providence, à Amiens, poursuit ses études depuis un an. « C’était Soissons ou Boulogne ». Elle rentrera en 2ème année de BTS Bâtiment après l’été. « L’idée, c’est ensuite d’intégrer un bureau d’études ». Son goût pour l’architecture est arrivé en même temps que sa passion pour la course auto, à 14 ans, en entrant au lycée. Et elle tente de concilier les deux. Son BTS, elle le prépare sans alternance, ces périodes en entreprises pas compatibles avec les exigences du sport de haut niveau. « J’ai une course ou un entraînement sur circuit toutes les deux semaines, ce qui veut dire trois jours d’absence à chaque fois ». Mais depuis mars dernier, Lilou Wadoux a évidemment dû ralentir la cadence, confinement oblige. « Comme pour mon accident, je me suis dit que c’était la faute à pas de chance, que je n’avais pas le choix ». Elle a suivi ses cours à distance. Et en a profité pour s’entraîner davantage physiquement.

Compétition réduite pour cause de coronavirus

« Il me fallait du renforcement musculaire, du dos et des jambes notamment » pour mieux supporter les conditions de course, enfermée dans l’habitacle. « Quand dehors il fait 30 ou 35°, dans la voiture on peut avoir 60° ! Alors quand on roule jusqu’à 300 km par jour, à 230 km/h en vitesse de pointe, mieux vaut être prête ». Prête pour le jour J, Lilou Wadoux le sera assurément. Car elle attend impatiemment le week-end des 22 et 23 août, sur le circuit de Nogaro (Gers). C’est là que devrait avoir lieu le premier des quatre meetings de l’Alpine Europa Cup. Le conditionnel reste de rigueur à cause des incertitudes liées au Covid-19. De six courses, la compétition a déjà été ramenée à quatre. Devraient suivre : Nevers – Magny-Cours mi-septembre, Le Castellet – Paul-Ricard début octobre avant la finale prévue au Portugal (Portimao) à la Toussaint. Si, épidémie oblige, la participation des concurrents étrangers s’annonce limitée, « cela n’abaissera pas tellement le niveau car les meilleurs sont Français » assure la jeune pilote. « On sera 15 ou 20 au départ, dont deux filles maximum » précise celle qui s’apprête à découvrir cette compétition au volant de l’A 110 d’une marque aussi mythique qu’Alpine Renault. Mais le mythe, le passé, ce n’est pas ce qui intéresse le plus Lilou Wadoux., trop occupée à regarder… devant. L’avenir à court terme, c’est ce passage des voitures à traction aux véhicules à propulsion, réputés offrir un meilleur contrôle à grande vitesse grâce au moteur à l’avant et proposer aussi « plus de débouchés pour la compétition ».

Les 24 Heures du Mans comme objectif

Car la Picarde ne perd pas le Nord. A moyen terme, elle ambitionne de « devenir pilote officielle », c’est-à-dire professionnelle alors qu’aujourd’hui, chez les amateurs, elle paye pour courir. « Le budget annuel est de 200 000 €« , réunis grâce aux sponsors et au soutien des parents. Et, à plus long terme, son ambition est de courir les 24 Heures du Mans… Le défi est de taille quand on sait que moins de soixante femmes ont participé à l’épreuve d’endurance mythique -encore un mythe ! – depuis sa création, il y a presque un siècle. Les femmes sont au volant, sur des circuits où la testostérone est de mise. Comment Lilou Wadoux se sent-elle observée par ses concurrents masculins ? « C’est tout ou rien ! J’ai senti tout de suite que certains ne m’aimaient pas, du genre à se demander ce qu’une fille faisait là, avec eux… Et avec les autres, c’était normal, donc l’explication a lieu en course« , son terrain de jeu préféré. Filles ou garçons, les coups, parfois tordus, sont nombreux dès que le contact est mis. « Mais avec mes résultats et les coups que j’ai rendus, je me suis fait ma place ». Lilou Wadoux n’a pas besoin d’en rajouter : un boulevard s’ouvre à elle.

Vincent Delorme
Photos : Marianne Alais

Pour Dicilà, Lilou Wadoux a accepté de dévoiler quelques-unes de ses préférences :

Un film : Le Mans 66, de James Mangold, avec Christian Bale et Matt Damon, sorti en 2019. « J’ai du mal à retenir les noms des comédiens mais je les aime beaucoup »
Une play-list « J’écoute ce qui passe aujourd’hui. J’aime aussi des musiques anciennes (NDLR : comprenez les années 80 !). Dans la voiture, je zappe entre RTL2, Chérie FM ou Skyrock »
Un plat : « Je mange de tout. J’ai la chance de ne pas avoir de problème de poids » dit celle qui affiche 50 kg pour 1,60 m. « Mais on doit faire le même poids toute la saison, car nous sommes pesés régulièrement dans la voiture, après les courses. Ce qui ne m’empêche pas de manger une côte à l’os par exemple de temps en temps »
Un lieu préféré « Dans ma voiture…de course ! Sinon, le circuit de Barcelone. C’est là où beaucoup de choses ont commencé pour moi… »

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