Société : Steve Steveniart nage contre les plastiques

Sportif touche-à-tout, Steve Steveniart est devenu cet été le 1er Français à réussir le Two Way, la traversée de la Manche à la nage aller-retour. Un défi accompli pour sensibiliser à la pollution marine par les plastiques. Le Samarien lance d’ailleurs une fondation, Stop Plastic Pollution, en s’appuyant sur les jeunes créateurs de My Blockchain Company, à Amiens.

Le jour où tout a basculé pour Steve Steveniart – qui se prononce au passage Stève et pas Stive – ne date pas d’hier mais de la fin des années 1980. « Tout petit, avec mes parents, nous habitions Sangatte (Pas-de-Calais) et je voyais des migrants partir à la nage pour rejoindre l’Angleterre. Ce qui me paraissait à la fois surhumain et fascinant. Et il y a trois ans, pour mes 40 ans, j’ai décidé de me lancer à fond là-dedans ! »  Pas dans la géopolitique pour comprendre les raisons qui poussent des êtres humains à traverser la Manche à leurs risques et périls, mais dans la nage en eau libre « que j’ai découverte en faisant de l’Ironman » (triathlon très longue distance NDLR). Son objectif : dénoncer la pollution des mers par les plastiques.

Nage en eaux très troubles

« L’élément déclencheur a été une télé que j’ai trouvée un jour sur la plage, après une tempête…. » explique Steve Steveniart. Car évidemment depuis qu’il s’est jeté à l’eau il y a trois ans, l’ancien champion de jet-ski nage en eaux très troubles ! « J’ai traversé des nappes de mazout, tu en ingères, ça colle au palais, ça te donne des nausées… » Et il a décidé de se lancer un challenge dans le Channel : réussir le fameux Two Way cher aux Anglais – la traversée de la Manche à la nage aller-retour – « avec juste le droit de mettre un maillot de bain, des lunettes et un bonnet, pas de combinaison » pour que le record puisse être homologué.

Des sports mécaniques à la traversée de la Manche à la nage

Sportif accompli, Steve Stievenart raconte avoir relevé son premier défi « à 13 ans. J’ai fait 30 km en courant suite à un pari avec mon père qui travaillait à 30 km de la maison. La course à pied, c’est d’ailleurs ce qui m’a cadré, car j’ai arrêté l’école très tôt. Je me suis lancé à fond dans le marathon et de toute façon, j’ai toujours mis de la course à pied dans mes entraînements » précise celui dont le « papa baignait dans l’automobile, alors j’ai aussi fait un peu de sports mécaniques ». En vrac, il cite les championnats de France de scooter, qu’il remporte à plusieurs reprises, le Trophée Andros (course auto sur glace), le jet-ski dont il devient champion du monde en 2005 etc. La liste est longue comme un jour…avec pain ! Car, aussi surprenant que cela puisse paraître, Steve Stievenart s’est mis à manger beaucoup plus pour réussir son défi maritime dans la Manche.

« J’ai nagé au milieu d’un banc de méduses… »

Sa préparation de forçat, il le reconnaît, a été « très atypique. Je pesais 63 kg, aujourd’hui j’en fais 110 ! J’ai pris volontairement 10 kg par an, encadré par un diététicien, pour pallier au froid dans l’eau ». Car même en plein mois d’août, la température de la Manche, loin des côtes, n’excède pas une quinzaine de degrés. « Le secret quand tu traverses la Manche, c’est la résistance au froid, l’effort vient après ». Cela dit, le défi à relever l’a entraîné à réaliser des choses étonnantes… Comme aller nager au nord de l’Angleterre sur le conseil de pêcheurs qui avaient localisé des bancs de méduses. « J’ai nagé trente minutes au milieu pour me faire piquer et m’immuniser. J’ai bien fait, car pendant ma traversée, j’ai été piqué une soixantaine de fois ! ».

Les renverses de marées moins fortes

Autre « entraînement » un peu spécial : dormir chaque nuit pendant six mois avec ses lunettes de natation « pour les supporter pendant la traversée. » Steve Stievenart est aussi allé nager nuit et jour. « J’ai la chance d’habiter en bord de mer, à Wimereux, juste à côté de Boulogne-sur-Mer, où il y a une piscine naturelle sur la digue. J’ai pu m’entraîner deux fois par jour, même la nuit. Et avec les marées, c’est intéressant… » Par « intéressant », il veut dire que ces conditions s’apparentent à celles rencontrées lors de son Two Way. « Avec des renverses de marées moins fortes que pour ma première traversée en aller simple,que j’avais bouclée en 21 heures pour nager 81 km ! Alors que sur le papier, le trajet le plus court de Douvres vers la France ne fait que 32 km. »

Des porte-conteneurs gros comme des buildings

Cette fois, pour sa traversée aller-retour homologuée des 11 et 12 août dernier, Steve Stievenart a mis 34 heures et 45 minutes. L’aller jusqu’à la plage d’Audinghem, au Cap Gris-Nez, où il a fait demi-tour après 15 h et 12 min. Et le retour vers Douvres bouclé en 19 h 33 min. « Dans l’eau, tu ne dois rien toucher, surtout pas le bateau qui t’accompagne », sous peine que les juges anglais invalident la tentative ! Mais non… Rien n’arrête le nageur de l’extrême. Pas même « le filet de pêche abandonné dans lequel je me suis retrouvé coincé ! Avant de réussir à m’en sortir ». Ni les 450 bateaux qui traversent chaque jour le Détroit du Pas-de-Calais. « Je suivais de près le bateau qui m’accompagnait. Merci au très bon pilote qui s’est adapté à ma vitesse de nage, qui anticipait pour passer juste derrière les porte-conteneurs – on aurait dit des buildings qui traversaient devant moi – mais pas trop près non plus parce que c’est dangereux. Et assez vite car tu en as un deuxième qui arrive. Et comme ils sont plus gros, ils sont prioritaires ». Intarissable Steve Stievenart qui détaille aussi comment il s’est alimenté. « On me jetait à manger du bateau au bout d’une corde ! Des pauses qui ne duraient pas plus de trente secondes, mais dans l’eau, tu ne peux pas t’arrêter, pour ne pas dériver » et rallonger encore le périple.

« Une soupe de plastiques de jusqu’à 10 m de profondeur »

« Trois ans de préparation. Une année pour apprendre, une année pour comprendre et une année pour gagner. » L’Abbevillois a acquis le sens de la formule, en vieil habitué du récit de ses défis. Et il a tenu son pari ! Mais loin de s’en contenter, Steve Steveniart ne décolère pas ! « L’eau est extrêmement polluée par nos activités. Les gyres océaniques, ces tourbillons géants formés par les courants marins, concentrent des masses de plastiques. C’est ce qu’on appelle le 7ème Continent, quasiment impossible à éliminer car c’est comme une soupe de plastiques qui descend jusqu’à 10 mètres de profondeur ! En nageant, de nuit, j’ai été percuté par des bouteilles ! Sur les plages, on ramasse la partie visible de l’iceberg. Des déchets estampillés de partout, de Chine, d’Italie… J’ai fait une étude en ramassant tous les jours les déchets sur la même plage, celle de La Slack (sur la Côte d’Opale) et tu t’aperçois que tous les produits du quotidiens vont à la mer : canapés, frigos, tubes néon, bouteilles de gaz, téléphones. Pas que des plastiques ! Et les microplastiques s’incrustent dans le sable, dans l’alimentation des poissons et au bout de la chaîne, on va nous aussi les manger… » Le constat de Steve Stievenart n’est pas un scoop mais il est alarmant !

Une cryptomonnaie développée avec My Blockchain Company à Amiens

Et maintenant, que va-t-il faire ? Continuer, via sa fondation à alerter l’opinion, « les générations futures surtout, parce que nos enfants héritent d’une pollution dont ils ne sont pas responsables. Depuis dix ans, j’interviens bénévolement dans les écoles pour faire de la sensibilisation environnementale. Et ça marche très bien ! Les enfants font passer le message à leurs parents. Ce que je veux, pour les années qui viennent, c’est que ma fondation soit présente dans tous les pays, pour aider les associations locales, pour inciter les industriels à changer de méthode et pour convaincre les pouvoirs publics. Parce qu’on a les solutions alternatives. Et la Fondation pourra lever des fonds, en SEACoin, par exemple, une cryptomonnaie. Pour cela, je travaille avec les jeunes de My Blockchain Company, à Amiens. Ils sont très jeunes; les cryptomonnaies, c’est leur génération. Notre cryptomonnaie pourra servir vraiment de monnaie, adossée à de l’argent physique, avec une traçabilité qui la rende infalsifiable. Car il faut agir, on ne peut pas continuer à polluer la mer comme ça ! »

Bientôt un autre défi encore plus grand…

C’est le cri du cœur de Steve Stevienart. Avant de lancer son prochain défi : nager, non plus 34 heures et 45 minutes, mais deux fois plus longtemps ! « Je projette de rester 70 heures dans l’eau, sur une autre traversée que je garde secrète pour le moment car on est en pleins préparatifs. J’ai un entraîneur depuis peu et il me dit que j’ai une marge de progression importante, notamment techniquement. Le Two Way, c’était extraordinaire mais je veux faire des choses encore plus grandes… » Les yeux dans le vague, Steve Stievenart n’en dira pas plus, excepté pour confier qu’il se sent « vraiment bien dans l’eau. C’est comme un retour à la maison, dans le liquide amniotique…. Je me sens en sécurité. En plus, l’eau de mer, froide, réveille les capacités du corps, car notre mode de vie est devenu trop aseptisé, il faut en changer ! » conclut Steve Stievenart un discours à tonalité assez écolo – « écologiste sans être extrémiste » -, tient-il à préciser.

Reportage Léandre Leber
Photos
Rédaction Vincent Delorme

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