Tourisme : Marie sans chemise et l’horloge Dewailly, histoires d’un symbole amiénois

Lieu connu de tous les Amiénois et des touristes, l’horloge Dewailly à laquelle est adossée la plus belle des statues de la ville fait figure d’emblème. Véritable icône féminine Amiénoise, Marie sans Chemise est l’une des égéries culturelles les plus diffusées sur les réseaux sociaux. Mais que connaît-on de ces sculptures si célèbres ?

Un projet solidaire

À la fin du 19ème siècle, Louis Dewailly, ancien maire d’Amiens, légua 25 000 francs à la Ville pour ériger une horloge afin que tous les Amiénois puissent avoir l’heure lors de leurs déplacements. Un concours fut lancé afin de savoir quel sculpteur ou architecte allait concevoir l’œuvre en question. Deux hommes s’affrontèrent : Émile Riquier, architecte du Cirque Municipal, et le jeune Albert Roze, sculpteur et Directeur de l’École des Beaux-Arts d’Amiens. Ce duel fut d’autant plus coriace que les deux personnalités ne s’entendaient pas.

Émile Riquier fut chargé de créer l’horloge mais afin d’apaiser les tensions, le maire Frédéric Petit permit à Albert Roze de sculpter une statue féminine. Les deux hommes travaillèrent chacun de leur côté, le projet mit du retard à être concrétisé (n’arrangeant pas les relations entre les deux hommes) et l’horloge fut installée, suivie de la statue.

Deux œuvres en une

Bien que leurs artistes soient différents, la statue et l’horloge se fondent en une œuvre unique. Il faut dire que l’idée commune des deux sculptures est la référence florale. En effet, tandis que l’horloge présente des roses, la statue intitulée Le Printemps tenait ou devait tenir une branche de pommier fleuri dans la main gauche.

La statue féminine fit alors scandale, sa nudité n’étant pas du goût de tous. À tel point que les Amiénois la nommèrent Marie sans Chemise. L’horloge, quant à elle, est de style Art Nouveau, représenté par la Faune et la Flore sculptées.

L’ensemble posé sur la place Gambetta permettait aux Amiénois d’avoir l’heure, notamment grâce aux trois cadrans correspondant à trois directions. Les habitants allant à la gare et ceux prenant le tramway pouvaient arriver à l’heure à leurs destinations.

Une histoire rocambolesque

La place Gambetta fut le lieu d’habitation de l’horloge Dewailly et de Marie sans Chemise jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il est étonnant de voir que les deux œuvres ne furent pas fondues par les Allemands pour l’armement : était-ce en raison du matériau de construction ? En tout cas, cela permit à cet ensemble sculpté de survivre à la guerre et à ses ravages.

Mais, pendant la Reconstruction, la statue et l’horloge furent remisées dans un entrepôt. Par rapport à leur style différent de la nouvelle architecture du centre-ville ? Dans les années 1960, Marie sans Chemise fut réinstallée, mais au début de la rue Dusevel cette fois-ci. L’horloge connut, elle, un sort tragique : abandonnée dans un terrain vague, elle fut dépecée par des ferrailleurs, laissant Marie sans Chemise seule jusqu’en… 2000 !

Gilles de Robien, maire d’Amiens, décida de faire reconstruire l’horloge Dewailly afin de redonner à Marie sans Chemise l’élément qui lui manquait. Inaugurés en l’an 2000, les deux œuvres ne font de nouveau qu’une, pour le plus grand plaisir des Amiénois !

Mathieu ZANETTI

Crédit photo Dicilà media

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