Tourisme : Le cimetière de La Madeleine, l’histoire d’Amiens à ciel ouvert

Le patrimoine des villes nous raconte l’histoire des lieux, les cimetières celle de leurs illustres personnages. Ajoutez à cela la nature et vous obtiendrez le cimetière paysager de la Madeleine d’Amiens.

Véritable terrain de jeu pour la faune, il est surtout l’endroit qui a le plus à vous apprendre sur l’histoire de notre ville. Focus sur trois personnages et familles dont les noms sont indissociables de notre cité.

Jules Verne, forcément !

On ne le présente plus, enfin presque… car Jules Verne ne nous a pas encore livré toutes ses anecdotes. Écrivain mondialement célèbre, il fut un fervent défenseur d’Amiens, à commencer par le Cirque Municipal dont il prononça le discours inaugural en 1889. Conseiller municipal d’Amiens pendant plus de dix ans, il connaissait la haute société amiénoise, à tel point qu’il organisait des soirées costumées sur les thématiques de ses romans.

Venu à Amiens pour être le témoin de son meilleur ami lors du mariage de ce dernier, il tomba amoureux de la sœur de la mariée, à savoir Honorine Devianne avec qui il se maria et eut un fils, Michel. Après plusieurs années de vie à Paris, le couple s’installa définitivement à Amiens en 1871. Jules Verne devint alors une personnalité locale. Participant de façon assidue aux conseils municipaux, il proposait même des idées parfois saugrenues : il demanda que les locomotives qui passaient dans la ville continssent leur fumée, ce qui prête à rire quand on sait que l’écrivain vivait à quelques mètres de… la voie ferrée.

Mort en 1905, Jules Verne eut droit à des funérailles auxquelles participèrent plus de 5 000 personnes. Albert Roze sculpta de façon magistrale sa sépulture que l’on peut voir au cimetière de la Madeleine : le visage aurait été moulé sur le masque mortuaire de l’écrivain tandis que le corps est celui d’un jeune homme musclé. Sortant de sa tombe, il illustre très bien le titre de cette œuvre et sa postérité : Vers l’Immortalité et l’Éternelle Jeunesse.

Les Duthoit, une lignée historique

Il est toujours compliqué de définir les Duthoit quand on connaît toutes leurs œuvres. Les Duthoit les plus connus à Amiens sont les frères Aimé et Louis Duthoit, sculpteurs exceptionnels et restaurateurs de la Cathédrale Notre-Dame d’Amiens sous François-Auguste Cheussey, l’architecte de la Bibliothèque Municipale d’Amiens (rue de la République), puis avec le célèbre Eugène Viollet-le-Duc.

Vivant dans une maison et travaillant dans un atelier à la façade néo-médiévale, situés et visibles encore rue Émile Zola, ils restaurèrent plusieurs édifices amiénois, comme l’église Saint-Leu. Appelés les « derniers imagiers d’Amiens », on leur doit nombre de dessins illustrant l’état urbanistique de notre ville au XIXème siècle, véritables trésors à l’abri au Musée de Picardie.

Issus d’une lignée déjà importante de sculpteurs, ils eurent pour descendance des membres tout aussi talentueux. Edmond Duthoit, fils d’Aimé, fut un grand architecte : on lui doit surtout la Basilique Notre-Dame de Brebières à Albert. D’ailleurs, cet édifice se trouve sur une plaque de l’ensemble funéraire des Duthoit à la Madeleine. Son fils, Louis, est quant à lui l’auteur de l’Hôtel Bouctot-Vagniez à Amiens. Il reconstruisit à l’identique… la Basilique Notre-Dame de Brebières après que celle-ci fut détruite pendant la Grande Guerre. De père en fils, la passion se transmit et cette reconstruction fut sans aucun doute le plus bel hommage de Louis pour son père.

Le cousin de Louis, Pierre Ansart, était un grand décorateur, notamment d’églises de la Somme reconstruites après la Grande Guerre. Il était parfois accompagné de son fils, Gérard, qui avait la même passion que lui. Des Duthoit aux Ansart : le nom change, la passion reste, le talent s’hérite.

Frédéric Petit, un grand nom

Il a son buste dans le jardin de la Bibliothèque Municipale, rue de la République. Il a une rue dans le quartier Saint-Jacques. Son monument funéraire, ou plutôt celui de sa famille, est sans conteste l’une des sépultures familiales les plus importantes, si ce n’est la plus imposante du cimetière de la Madeleine. Et pour cause, François-Frédéric Petit qui fut maire d’Amiens à la fin du XIXème siècle mena une politique éducative de grande ampleur avec une vingtaine de classes créées dans la ville, dont la construction du Lycée de Jeunes Filles devenue le Lycée Madeleine Michelis. Il fut aussi un grand partisan de la Culture avec l’édification du Cirque Municipal. Il avait pour étendard la République ; d’ailleurs, il créa avec Jules Lardière et un certain René Goblet le journal Le Progrès de la Somme, ancêtre de notre… Courrier Picard.

Un membre de la famille de cet illustre personnage, nommé aussi Frédéric Petit, fut maire de Grandvilliers, en Picardie. Notre maire d’Amiens Frédéric Petit, proche de Jules Verne, était aussi l’ami de Jules Barni. Hommage en forme de clin d’œil : Émile Ricquier, l’architecte de l’œuvre qui marqua la carrière politique de Frédéric Petit, à savoir le Cirque Municipal, réalisa le monument funéraire de la famille d’un des plus grands maires d’Amiens.

La Madeleine, c’est un site où tant de personnages vous racontent leurs histoires. Plusieurs anciens maires d’Amiens, des artistes ou des personnalités méconnues reposent dans ce lieu où la promenade dans les allées parsemées d’arbres nous fait presque oublier le côté funéraire pour nous plonger dans un livre d’Histoire d’Amiens à ciel ouvert !

Mathieu ZANETTI

Crédit photos : DR

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