Tourisme : Quand les façades amiénoises racontent des histoires

On en dénombre des centaines, elles parsèment les rues comme des graines donnant des plantes magnifiques et surtout, elles sont restées debout malgré les aléas du Temps : on parle bien sûr des façades amiénoises. Renaissance, Théâtre et Musée sont les trois thèmes de celles que vous allez (re)découvrir dans cet article.

L’une des dernières façades Renaissance d’Amiens

Accolée au Logis du Roy, la façade de la Maison du Sagittaire a une histoire mouvementée. En effet, située rue des Vergeaux à l’origine, la demeure fut incendiée pendant la Seconde Guerre mondiale, ne laissant pour survivante sa façade sculptée dont les pierres (qui furent numérotées) furent installées dans des caisses avant qu’elles ne soient remontées à l’emplacement actuel. Mais cet épisode en suit un autre, beaucoup plus ancien.

Lors de la construction de cette Maison à la fin du XVIème siècle, le commerçant drapier Jehan Bultel commanda une façade Renaissance, style architectural de l’époque. Sur celle-ci, un sagittaire en deux exemplaires fut sculpté, animal mythologique qui donna son nom à la demeure. Les références à l’Antiquité, caractérisant la Renaissance, sont présentes dans la superposition des trois ordres architecturaux grecs, c’est-à-dire dorique, ionique et corinthien (visibles avec les pilastres à chaque niveau) et dans les têtes d’hommes et de femmes, notamment un soldat.

L’Humanisme, courant de pensée d’alors, n’est pas oublié puisque des plaques mentionnent des écrits appelant à la concorde, véritables messages de paix gravés en pleines guerres de religion. La femme dont le poignet droit est enchaîné pourrait être la Duchesse Douairière de Longueville, parente du roi de France Henri IV dont la famille est connue pour avoir été protestante. L’aspect carcéral de cette sculpture rappelle que nous étions alors dans une ville catholique.

Au Théâtre, ce soir !

Non loin de là, rue des Trois Cailloux, se dresse la plus belle façade de cette artère. La façade de l’ancien Théâtre Municipal est elle aussi ce qui reste de l’édifice à la suite des ravages de la Seconde Guerre mondiale à Amiens.

Construit en 1778-1779 par l’architecte Jacques Pierre Jean Rousseau, le Théâtre Municipal d’Amiens était le principal lieu culturel de la ville. Sa façade arbore encore les sculptures de Jean-Baptiste Carpentier. Les muses Melpomène, symbolisant la Tragédie, et Calliope, représentant la poésie épique, sont les dignes emblèmes des Arts. Des femmes soulèvent des vasques enflammées. Les instruments de musique entonnent des mélodies que l’on pourrait deviner tandis que la monumentalité des baies laisse rêveur quant aux impressionnants halle et salle de spectacle existant derrière avant l’incendie en 1940. D’ailleurs, un homme célèbre avait pour habitude de fréquenter ce Théâtre : un certain… Jules Verne.

Après le conflit qui a anéanti le monument, la façade resta orpheline au milieu des décombres. Plutôt que la transférer ailleurs ou la détruire, on décida de la déplacer… de 4,5 mètres afin de l’intégrer dans le nouvel alignement de la rue des Trois Cailloux, qui passa alors de 12 à 20 mètres de large. Des vérins métalliques permirent de « faire rouler » la façade : une véritable prouesse technique !

Un air du Louvre

Direction la rue de la République pour une façade dont le monument est encore intact : nous sommes bien entendus devant l’ancienne entrée du Musée de Picardie. Initié par la Société des Antiquaires de Picardie, le chantier du Musée fut permis grâce au don du terrain de l’Arsenal par l’empereur Napoléon III qui eut des contreparties visibles : les lettres E et N au centre renvoient à Eugénie, sa femme, et lui-même tandis que des abeilles, symboles du pouvoir impérial, les entourent. Des aigles existaient autrefois mais le passage à la République eut pour conséquence le retrait de la plupart de ces animaux rappelant le Second Empire.

Sur cette façade, il y a une ressemblance frappante avec le Louvre. En effet, à cette époque, au milieu du XIXème siècle, le Palais parisien connut des agrandissements. Le Musée Napoléon (ancien nom du Musée de Picardie) est donc le pendant de son homologue parisien. L’empereur ne laissait rien au hasard dans sa volonté de laisser sa trace dans l’histoire artistique.

Toutes ces caractéristiques nationales ne doivent pas nous faire oublier que le Musée de Picardie est un lieu d’expositions d’œuvres d’art local ; d’ailleurs, les médaillons de la façade (d’autres sont sculptés sur les façades latérales et arrière) représentent des grands hommes qui ont fait l’Histoire de la Picardie. Comme l’a écrit Jules Verne, on peut aussi faire le Tour du Monde mais ici, il n’y a pas besoin de le parcourir en 80 jours puisqu’en un coup d’œil, l’Égypte, la Grèce ou encore la Rome antique sont présentes à travers les têtes au-dessus des fenêtres, en référence aux collections archéologiques qui se trouvent à l’intérieur du premier Musée moderne de France.

Qu’elles soient de style Renaissance ou néoclassique, les façades Amiénoises nous racontent leurs histoires à travers leurs sculptures : insolites, anecdotiques ou révélatrices de la vie quotidienne d’antan, elles font partie intégrante de l’Histoire d’Amiens. Rares vestiges des guerres mondiales, plusieurs d’entre elles ont été déplacées afin d’être préservées. Ainsi, elles deviennent les traces d’un passé presque disparu.

Mathieu ZANETTI

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