Tourisme : Suivez le guide, c’est un enfant de la baie de Somme !

Alex, est né à Saint-Valery et a passé son enfance à gambader dans la baie de Somme, où son grand-père l’emmenait chasser, cueillir des salicornes et ramasser des coques, des « hénons », comme on dit en picard… « À chaque période de l’année, il y a quelque chose à faire, dans la baie », se réjouit-il.

Alex et sa fille

« À chaque période de l’année, il y a quelque chose à faire, dans la baie », se réjouit-il.

Devenu père de famille et costaud gaillard, il a à son tour, dès leur plus jeune âge, entraîné ses deux fils et sa fille à travers sa chère baie, dont il déclare qu’elle est « une des plus belles du monde » … Il l’aime, sa baie, il la connaît par cœur, et son grand bonheur est de la faire découvrir à ceux qui ont envie de s’y aventurer. Il est guide pour « Rando baie de Somme ».

Alors le jour où, en 2014, comme tant de ses malchanceux collègues de chez Goodyear, il se retrouve privé de travail, il décide que désormais, c’est avec elle qu’il passera ses journées : plus question de passer sa vie enfermé entre quatre murs, lui qui a besoin de grand air et veut sentir le contact de la nature, humer l’air du sable, écouter le silence, le bruissement des coquillages et le mystérieux bavardage des canards, des oiseaux, de tout ce monde si poétique qui est le sien depuis toujours. Si sa saison préférée est l’automne, d’ailleurs, c’est parce qu’alors les oiseaux migrateurs partent vers les pays du sud ; ce contemplatif aime voir ce moment où leur vol remplit le ciel de la baie et les oreilles du promeneur…

L’avocette

Bien décidé à ne plus rien rater du spectacle puisque désormais la perte de son emploi l’invite à « faire le point sur sa vie », Alex passe donc son diplôme de « guide nature », un titre certifié par le ministère du tourisme.

Le voici prêt à embarquer avec lui les candidats à la randonnée en baie ; « La baie est dangereuse, explique-t-il, et les guides sont là pour permettre aux gens de la découvrir en toute sécurité. » Et ça tombe bien, car le bonhomme aime les gens et a soif de partage !

Il nous explique que c’est à l’initiative de l’association de chasse sur le domaine maritime que le métier de guide nature a été ouvert en baie de Somme ; à l’origine, quatre personnes seulement se partagent les visites… la baie se fait connaître, on en parle, et par le bouche à oreille, elle devient une destination touristique de plus en plus prisée. Aujourd’hui, le nombre de guides nature s’y est multiplié… Alex pense même que d’ici vingt à trente ans, la baie de Somme sera aussi connue que certaines stations du sud de la France !

Il y a pourtant des pessimistes qui régulièrement parlent de l’ensablement de la baie… Sans rentrer dans le vif du sujet, qui n’est pas l’objet de notre rencontre, Alex nous explique d’où vient le problème : les gens d’ici disent que le problème vient de Napoléon et de ses travaux de canalisation en 1865 ! Car en réalisant le canal de la Somme d’Abbeville à Saint-Valery, il aurait détourné l’eau du Crotoy vers cette dernière… Les valéricains auraient en quelque sorte « volé l’eau » aux crotellois… d’où l’éternelle « guéguerre » entre les deux tribus ! Et d’où l’ensablement !

Tout valéricain qu’il est, Alex n’en est pas moins un amoureux du Crotoy autant que de la petite ville qui l’a vu naître : « Les deux villes ont leur charme, nous explique-t-il… ». Et de rappeler que chacune a ses lieux symboliques et ses lieux d’histoire à découvrir : au Crotoy, la maison rouge orangé aux deux tourelles, perchée face à la baie, devenue aujourd’hui un adorable hôtel-restaurant, bonne table de surcroît, et la villa Le Souvenir, qui fut autrefois la propriété de Guerlain… On pourrait citer aussi l’ancienne maison de Colette, et celle de Jules Verne. Et puis il y a la promenade des frères Caudron, pour nous rappeler l’histoire des premières voltiges en avion dans la baie : Gaston et René Caudron, originaires du Crotoy, qui inventèrent en 1909 une « machine volante », un aéroplane, et qui expérimentèrent le premier hydravion ; un musée leur est d’ailleurs consacré, que l’on peut visiter à Rue, à quelques kilomètres du Crotoy.

Quant au patrimoine de Saint-Valery, il n’est pas en reste : il faut absolument aller découvrir la ville médiévale, sur les hauteurs, construite par Guillaume-le-Conquérant, et se promener dans le quartier des marins avec ses maisons colorées et ses jolies ruelles en pente…

Et pour relier les deux cités, il y a toujours l’ancien et si charmant petit train à vapeur, qu’on entend siffler en chemin lorsqu’il emmène à son bord les nostalgiques de la Belle Époque !

Mais son petit coin de paradis à lui, il nous le confie avec une émotion presqu’enfantine, c’est sur les sables à l’avant de Saint-Valery, juste après le port, où il aime s’installer au coucher du soleil à regarder les phoques. Ils sont toute une colonie à vivre ici (c’est même la plus grande colonie française de phoques !), et on peut les voir se reposer sur les bancs de sable à marée basse… mais puisqu’on est ici chez eux, il faut les respecter et éviter de perturber leur tranquillité (d’ailleurs, tout dérangement des animaux à marée basse est passible d’une amende !) ; ces grands sensibles, si on les approche de trop près, prennent peur et se remettent à l’eau, abandonnant parfois les bébés non émancipés qui ne peuvent

survivre à une séparation prématurée… Alex nous explique que le meilleur moyen d’observer les phoques est de se faire accompagner d’un guide-nature : eux connaissent les bons codes de comportement, car ils cohabitent en bonne entente avec ces placides habitants de la baie ! La ballade en mer, aussi, en bateau ou en kayak, donne l’occasion, de temps en temps, de croiser une petite tête à la surface de l’eau, un phoque qui barbotte dans les eaux grises de la baie… spectacle toujours attendrissant !

Et son oiseau préféré ? « L’avocette élégante, nous répond-il sans hésiter… car c’est l’oiseau protégé emblématique de la baie de Somme ! » ; mais il y a aussi la spatule, ce grand échassier au bec plat qui vole le cou tendu et en lequel il voit comme « une sorte de petit emblême royal ».

L’avocette

Et puisque nous en sommes aux confidences, parlons un peu bonne chère et demandons-lui quelle est, parmi les spécialités locales (car la baie a sa gastronomie bien à elle, faite des produits qu’on y trouve, et qui ne se confond pas avec la cuisine picarde traditionnelle !), celle qu’il préfère…

L’œil gourmand et le sourire aux lèvres, Alex nous livre son péché mignon : les pâtes aux hénons ! Des spaghettis intimement mêlés à des coques (les fameux hénons) persillées façon beurre d’escargot, avec une petite pointe d’estragon qui crée la surprise, et un peu de crème fraîche… On commence par faire cuire les coquillages à l’étouffée pour les faire s’ouvrir (comme quand on prépare des moules marinières), et on les décortique pour les jeter dans une poêle avec la persillade (beurre, ail et persil), les petits brins d’estragon et la crème. On verse tout ça dans le plat de spaghettis encore tout fumant, on mélange et on déguste !

D’autres coups de cœur, Monsieur le guide des belles et bonnes choses ? Le gâteau battu, bien sûr, incontournable ! À Saint-Valery, le restaurant Le Moulin le sert chaud avec du foie gras, chaud lui aussi… une merveille ! On pourra également le déguster avec une belle tranche d’agneau de pré-salé, fierté gastronomique de la baie de Somme dont la réputation dépasse largement les frontières crotello-valéricaines… un bon gâteau battu sublime la viande qu’il accompagne, parole de connaisseur ! Pour les gourmets, la baie de Somme ne manque décidément ni de ressources ni de bonnes adresses ; au Crotoy, Mado et Les Tourelles, et à Saint-Valery, Le Relais Guillaume de Normandy.

Tandis que le soleil descend sur la baie, on s’aperçoit que voilà un bon moment que nous sommes là, avec Alex, et qu’on n’a pas vu le temps passer… on l’écouterait des heures nous parler de sa baie, ce guide-là… car ce qu’on perçoit dans ses mots et ses intonations et ce qu’on ressent dans l’enthousiasme qu’il met à son propos, c’est le bonheur d’un homme qui semble décidément avoir trouvé sa place sur terre !

Marie-Aude Guéroult-Manhes
Photos : Elie Leber – Dicilà

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